Oméga-3 et inflammation !

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Des composés aussi puissants que des hormones

Pendant longtemps, on a cru que les acides gras servaient exclusivement à nous apporter de l’énergie. Mais au cours des 30 dernières années, les scientifiques ont montré que les graisses donnent naissance à des dérivés appelés eicosanoïdes qui permettent à nos cellules de communiquer entre elles. En 1982, le Suédois Bengt Samuelsson a reçu le prix Nobel de médecine pour avoir découvert et élucidé les modes d’action des eicosanoïdes dans l’inflammation et le cancer.

Les eicosanoïdes ont des effets qui s’apparentent à ceux des hormones. Ils agissent d’ailleurs en accord avec elles, à la manière d’un orchestre. Les eicosanoïdes participent entre autres à la régulation de :

– la pression artérielle

– la coagulation sanguine

– la fonction cardiaque

– la contraction des bronches

– la protection des muqueuses digestives

Surtout, les eicosanoïdes modulent l’ensemble des phénomènes inflammatoires et immunitaires dans l’organisme. Mais tous les eicosanoïdes ne se ressemblent pas. Les graisses de la famille oméga-6 libèrent entre autres une famille d’eicosanoïdes pro-inflammatoires. A titre d’exemple, on sait aujourd’hui que l’aspirine soulage les inflammations précisément parce qu’elle empêche ces eicosanoïdes issus des oméga-6 de se former. Les eicosanoïdes oméga-6 favorisent aussi la coagulation, la vasocontriction et la prolifération cellulaire. A l ‘inverse, les eicosanoïdes oméga-3 sont bien moins puissants, donc très peu inflammatoires et plutôt vasodilatateurs. Mais s’il y a trop des premiers et pas assez des seconds, non seulement tous les processus inflammatoires sont encouragés, la tension artérielle peut s’élever et le système immunitaire s’emballer. Cela ne veut pas dire que les oméga-6 sont « mauvais ». Grâce à eux, une hémorragie peut être enrayée. Un excès d’oméga-3 pourrait d’ailleurs favoriser les saignements, comme en témoigne la fréquence élevée d’accidents vasculaires cérébraux chez les Esquimaux. Autre exemple : les oméga-6 permettent aussi la synthèse d’une prostaglandine qui prévient les glaucomes. Mais notre alimentation, qui apporte trop d’oméga-6 et pas assez d’oméga-3, entraîne une surproduction d’eicosanoïdes inflammatoires, vasoconstricteurs, coagulants. Or, les inflammations, pour ne citer qu’elles, sont à l’origine d’un nombre considérable de maladies chroniques. On peut donc affirmer que le déséquilibre oméga-6/oméga-3 nuit à la santé et qu’il doit être contrecarré par des mesures diététiques appropriées.

Pourquoi les inflammations minent votre santé

Ce dossier s’intéresse surtout aux effets anti-inflammatoires des oméga-3. Les inflammations chroniques sont souvent dues à un excès de zèle du système immunitaire, qui active des globules blancs en trop grande quantité. Ce recrutement se fait par l’intermédiaire du leucotriène B4 (LTB4), issu de la transformation des acides gras oméga-6. Lorsque vous consommez suffisamment d’oméga-3, ceux-ci sont convertis en une autre substance, le leucotriène B5 (LTB5), qui est trente fois moins puissant pour attirer les globules blancs.
Les oméga-3 bloquent l’inflammation d’une autre manière : en ordonnant aux gènes de produire moins de cytokines pro-inflammatoires comme les interleukines 1 et 6.
Pourquoi les inflammations sont-elles indésirables ? Tout simplement parce qu’on sait aujourd’hui qu’il existe une composante inflammatoire dans la quasi-totalité des maladies chroniques. La découverte la plus surprenante concerne l’obésité. Les personnes en surpoids présentent des valeurs élevées d’interleukine 6 (IL-6) et de protéine C-réactive, deux marqueurs de l’inflammation. Ce qui fait dire dans une étude scientifique récente au Dr Jose-Manuel Fernandez-Real (Hôpital de Gérone, Espagne) que « l’obésité apparaît de plus en plus comme une maladie inflammatoire d’origine alimentaire. » (1)
La résistance à l’insuline, qui conduit au diabète et qui est fréquemment associée à l’obésité, est, elle aussi, de plus en plus considérée comme une maladie inflammatoire. (2) La résistance à l’insuline s’accompagne d’un niveau élevé d’IL-6. Cette cytokine pro-inflammatoire a des effets désastreux sur la masse grasse parce qu’elle empêche les cellules de brûler leurs réserves. Elle entraîne aussi une augmentation des triglycérides (graisses du sang) et d’une famille de graisses (les VLDL) impliquées dans l’évolution vers le diabète. (3) D’ailleurs, des taux élevés d’IL-6 et de protéine C-réactive prédisent le développement du diabète de type 2, (4) et la mortalité chez la personne âgée. (5)

Infarctus et cancer aussi

L’inflammation est également une caractéristique des infarctus et des angines de poitrine. Elle peut avoir pour origine plusieurs causes, comme le cholestérol oxydé ou la présence d’homocystéine, un sous-produit toxique des protéines (qui s’accumule dans les vaisseaux lorsqu’on manque de vitamines B6, B9, B12, de choline et de bétaïne). Mais il semble que chez les victimes d’un infarctus, il y ait une réaction inflammatoire démesurée et diffuse qui joue un rôle central dans la maladie en activant des cellules inflammatoires comme les neutrophiles, les monocytes et les macrophages.
L’inflammation chronique est de surcroît considérée par les chercheurs comme un facteur qui peut conduire au cancer. En général, plus l’inflammation se prolonge, plus le risque de cancer s’élève. Ces inflammations peuvent être déclenchées par des virus, des bactéries, des parasites, des agents chimiques irritants, des particules indigestes. Ils provoquent la libération de médiateurs inflammatoires comme les cytokines, les radicaux libres et les eicosanoïdes de la famille oméga-6. (6)
Côté cerveau, plusieurs études ont trouvé que les personnes qui souffrent de dépression ont des niveaux élevés de cytokines pro-inflammatoires comme l’IL-6. (7) Enfin, les seniors en bonne santé dont les taux d’IL-6 augmentent le plus sont aussi ceux dont la mémoire baisse le plus, comme l’a confirmé une étude publiée en 2003 dans le journal médical Neurology. (8) D’ailleurs, pour de très nombreux chercheurs, la maladie d’Alzheimer serait d’origine inflammatoire. (9)

Source

Comment les oméga-3 favorisent les fonctions cérébrales??

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Les oméga-3 sont bons pour le cerveau ; oui, mais comment l’expliquer ? Dans un article paru dans Science, des chercheurs français ont mis en évidence l’action des acides gras polyinsaturés comme les oméga-3 sur les membranes cellulaires. Ceux-ci leur permettraient de mieux se déformer ; un avantage certain pour les neurones.

Les acides gras oméga-3 n’étant pas fabriqués par l’organisme, ils doivent être apportés par l’alimentation : soit sous la forme du précurseur, l’acide alpha-linolénique (dans les huiles de colza, de lin, les noix…) qui est ensuite transformé en acides gras à longues chaînes EPA et DHA, soit directement sous la forme d’EPA et DHA en mangeant des coquillages, crustacés, poissons gras (saumon, maquereau, hareng, sardines…), voire par des compléments alimentaires. La consommation d’acides gras polyinsaturés oméga-3 favoriserait la santé cérébrale mais aussi celle du système cardiovasculaire.

Lire : Moins de risque cardiovasculaire avec les oméga-3 du poisson

Dans cet article, des chercheurs de plusieurs unités de recherche basées à Nice, Paris et Poitiers, ont travaillé sur les phospholipides membranaires : des lipides présents dans les membranes cellulaires et qui sont formés à partir d’acides gras. Ils se sont intéressé aux effets de phospholipides polyinsaturés sur des membranes naturelles ou artificielles. Les phospholipides avec des chaînes polyinsaturées sont particulièrement présents dans certaines structures cellulaires comme les vésicules synaptiques. Ces vésicules servent au transport des neurotransmetteurs au niveau des synapses, là où le message nerveux se transmet d’un neurone à l’autre.

Les chercheurs ont montré que les phospholipides possédant des chaînes polyinsaturées facilitaient la déformation et la coupure des membranes. Or, les membranes cellulaires ont parfois besoin de se déformer et se couper pour former des vésicules lors du mécanisme d’endocytose (transport de molécules vers l’intérieur de la cellule). C’est justement ce qui se passe au niveau des neurones où les vésicules synaptiques transportent les neurotransmetteurs vers la synapse, puis se reforment  rapidement pour recycler le neurotransmetteur.

Lorsque des acides gras polyinsaturés sont présents dans les phospholipides membranaires, la membrane cellulaire se déformerait mieux, la vitesse d’endocytose est accélérée. Ceci est particulièrement vrai dans des conditions avec peu de cholestérol, une molécule qui sert aussi à fluidifier les membranes. Des mesures biochimiques ont aussi montré que les phospholipides polyinsaturés adaptaient leur conformation dans l’espace à la courbure de la membrane.

Lire : Les oméga-3 préserveraient le volume du cerveau

Enfin, les phospholipides polyinsaturés augmentaient aussi la capacité de deux protéines – la dynamine et de l’endophiline- à déformer et couper les membranes.

Par conséquent, la présence de chaînes polyinsaturées dans les membranes réduirait le coût énergétique de la déformation des membranes. Ceci favoriserait une endocytose rapide et efficace dans les neurones et un meilleur recyclage synaptique. Dans le cerveau, ces lipides stimuleraient donc les fonctions cognitives.

Le livre : Un cerveau au top, de Bernard Doutres

M. Pinot, S. Vanni, S. Pagnotta, S. Lacas-Gervais, L.A. Payet, T. Ferreira, R. Gautier, B. Goud, B. Antonny et H. Barelli. Polyunsaturated phospholipids facilitate membrane deformation and fission by endocytic proteins. Science ; 8 août 2014.

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