Samsara, l’insatisfaction au monde conditionné par l’ignorance……..

 

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Samsara, l’insatisfaction au monde conditionné par l’ignorance.

Nous appelons « bonheur » ce qui n’est, le plus souvent, que source de souffrance. Nous avons soif de richesse, de pouvoir et de gloire, et nous succombons à la quête obsessionnelle des plaisirs en nous imaginant qu’ils vont nous conduire au bonheur. Dans notre vie quotidienne, les choses nous apparaissent comme « plaisantes » ou « déplaisantes » et les gens comme « bons » ou « mauvais », et nous sommes convaincus que ces qualités ou ces défauts leur sont inhérents. Quant à notre « moi », celui qui perçoit tout cela, il nous semble tout aussi réel et concret. Il y a pourtant un abîme entre la façon dont les choses nous apparaissent et ce qu’elles sont en réalité. Nous attribuons une existence permanente à des phénomènes passagers, et une réalité solide à nos constructions mentales, mais ce qui nous apparaît comme des entités autonomes n’est en fait qu’un réseau infini d’interdépendances en perpétuel changement. Cette méprise engendre de puissants réflexes d’attachement et de rejet qui entraînent à leur tour frustrations et souffrances. Dans son premier sermon, le Bouddha enseigna ce qu’on appelle les Quatre Nobles Vérités : la vérité de la souffrance qui imprègne inexorablement le monde conditionné par l’ignorance ; la vérité de l’origine de cette souffrance – la confusion mentale, les émotions négatives et les actes avec leurs effets inéluctables (ou karma) ; la vérité de la cessation, qui est la possibilité de mettre un terme à la souffrance ; et la vérité de la voie qui mène à cette cessation. « Souffrance » est un terme général qui inclut toutes les formes d’insatisfaction et d’expérience douloureuse telles que la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort, le fait d’être confronté à ses ennemis, de perdre ses proches, et ainsi de suite. Le Bouddha distingue trois sortes de souffrance : la souffrance visible, la souffrance du changement et la souffrance universelle, inhérente à tous les phénomènes composés d’éléments momentanément réunis et transitoires par nature. La souffrance visible est partout évidente : maladies, mort, guerres, catastrophes naturelles, etc. La souffrance du changement est en germe dans les différents plaisirs qui nous semblent pouvoir durer mais se transforment tôt ou tard en leur contraire. Alors que nous venons juste de manger un repas délicieux, nous sommes pris de spasmes dus à une intoxication alimentaire ; alors que notre famille est tranquillement réunie pour un pique-nique, notre enfant est soudain mordu par un serpent ; tandis que des noceurs dansent joyeusement, le chapiteau qui les abrite s’enflamme et s’effondre sur eux. Ce type de souffrance peut survenir à chaque instant de notre vie mais nous n’y pensons jamais, fascinés que nous sommes par le mirage des apparences, et oublieux que les êtres et les choses sont en perpétuel changement. Enfin, la souffrance universelle est la plus difficile à percevoir car elle est concomitante de l’aveuglement de notre esprit et se trouve en perpétuelle formation aussi longtemps que nous sommes sous l’emprise de l’ignorance et de l’attachement à l’ego. Elle procède du fait que nous ne discernons pas ce qu’il convient de faire pour éviter de souffrir. Cette confusion et les tendances qui lui sont associées nous conduisent à perpétuer les actes qui sont à l’origine même de nos tourments. Pour dissiper cette souffrance, il est nécessaire de se réveiller du sommeil de l’ignorance et de comprendre les mécanismes du bonheur et de la souffrance.

Matthieu Ricard Chemin Spirituel

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